Souvenez vous il a de cela quelques semaines à peine le tsunami idéologique et quasi politique que le magazine "Time" avait créé en affichant en pleine une la soit disant mort de la culture française. Certains responsables s'en étaient alors ému tentant, arme au poing, de bouter le bon vieil oncle sam outre-atlantique avec pertes et fracas. Aujourd'hui cette histoire me revient en mémoire. Je me souviens avoir pris connaissance de ce dossier entre Dubai et Paris, au plus profond d'une nuit qui rendait l'avion si silencieux. Fort de mon expérience anglaise, australienne puis Dubaiote, je tentais alors de me triturer l'esprit pour prendre position sur un sujet si difficile à trancher pour l'incompétent en culture que je suis.
Pour cerner le problème, encore faut-il fixer les frontières du terme "culture". Wikipédia nous dit:
La culture, dans son sens le plus large, est considérée comme l'ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l'être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances
Vaste ensemble vous en conviendrez qui ne clarifie pas beaucoup plus la chose. Revenons à nos moutons... Souvenez vous alors que les observateurs, coq sur le coeur et fanion tricolore au bras, défendaient la patrie en tentant d'expliciter l'appréciation du terme culture aux Etats-Unis (qui, concédons le, n'est pas le pays le plus culturel qui soit) avec celui de la France, ou plutôt celui de la grande France dans toute la puissance de son histoire et de ses traditions. Cela ne va pas vous surprendre, je déteste l'image du pays sage et puant que certains "intellectuels" adorent donner de notre pays. A l'inverse, cela m'emmerde sérieusement qu'un américain me fasse la leçon sur ce qui est culturel ou pas... Aprés Proust, Sartre, Molière, Les Lumières, Piaf et bien d'autres, j'estime que nous avons les armes pour analyser la chose... mais bon, le temps aidant, chacun s'est dit que l'autre était stupide avant d'enterrer la chose dans les archives.
Au risque de vous paraître has been, je me permets donc de déterrer la patate, et de me glisser l'espace de ce billet, dans la peau de ce que j'aurais fait si toutefois j'avais été journaliste... Bien malheureux que nous sommes en effet de ne pas jouir de notre retour sur le devant de la scène internationale et ce, qui plus est dans ce qui est considéré directement par les américains comme de la culture dans son sens le plus noble du terme, le cinéma. Dressons le bec, tendons le cou et gonflons les ailes, le coq français s'enorgueillit. Mi Janvier 2008, la belle Marion Cotillard rafle un Golden Globes au pied des 9 lettres H.O.L.L.Y.W.O.O.D, le saint des saints du cinéma mondial pour son rôle dans "La vie en rose" (version étrangère de La môme). La critique et les observateurs récompensent ici ce qu'ils décrivent de leurs mots comme "la plus profonde interprétation" qu'une actrice n'ai jamais réalisé. Quelques minutes plus tard, c'est au tour du film "Le cafard et le papillon" de recevoir la reconnaissance . Le rideau tombe, il règne comme une odeur de victoire ne trouvez vous pas ?
Nous voici de retour aux temps présents, tandis que l'industrie du cinéma et de la télévision s'entre-déchire sur des histoires de droits d'auteurs aux Etats Unis, est publiée la liste des nominations aux prochains Oscars. Oh surprise, nous y retrouvons trois portes drapeaux, Marion Cotillard est toujours en bonne posture pour tout rafler et, derrière elle, deux films tiennent le haut de la scène. Le cafard et le papillon (bis repetita) ainsi que Persepolis. Tout cela n'est guère du nationalisme primaire, à vrai dire, il n'y a pas réellement de quoi. Ces réflexions sont aussi stupides que les prétendues analyses de nos compères américains. Car qu'on le veuille ou non, la France à l'étranger brille surtout par sa culture bien plus que par son système économique, politique ou social. La France c'est la cuisine, le vin, la "gold coast" l'été, l'arrière pays Niçois qui fait tant rêver les anglais, Edith Piaf, Paris la romantique, ses théâtres, son ambiance incomparable... Oui la culture vit plus que jamais, elle existe en ces DJ's qui font danser le monde entier, en les Daft Punk qui succitent un buzz incroyable sur Internet, en ces films qui sont récompensés, ces acteurs qui bouleversent Hollywood et qui supplantent les blockbusters US. Alors oui la France regarde des séries US, oui la France écoute les rappeurs américains, oui la jeunesse française se régale au McDo, mais cette France là respire encore le fromton, le vin rouge, le pastis, le soleil, cette France là attire encore les quinquas américains ou anglais qui souhaitent vivre une belle fin de vie, cette France là sait encore émouvoir la planète dans des oeuvres artistiques.
So i'm so sorry Mister Donald Morrison, but please, don't be angry to be wrong. We hope you've enjoyed the "French culture death".
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