Le pitoyable spectacle qui se joue

Peut être avez vous la chance de faire partie des 16% d'européens qui connaissent la date des prochaines élections européennes. Si ce n'est pas le cas, permettez-moi de vous l'apprendre, vous êtes supposé voter dans quelques semaines. En effet, comme le traité de Nice l'a institué, du 4 au 7 Juin prochain, les peuples européens vont avoir la rude tâche d'attribuer 736 mandats de députés au Parlement européen. En l'état actuel des choses tout va bien. Globalement en France, on parle plus de Susan Boyle que des élections européennes et, sans surprises, on envisage une abstention proche des 66%. Un véritable régal. Du côté politique, Rachida Dati se bidonne et permet à l'ensemble des électeurs d'apprécier son incompétence, l'UMP dégaine l'arme sécuritaire à l'approche des élections et le PS, fidèle à lui même, pèse de tout son poids pour "nationaliser" cette élection. La blogosphère ne relève guère le niveau en se vautrant dans des polémiques inutiles dont le but premier est de déceler qui se cache derrière la campagne de communication d’un tel ou d’un tel. Quand la vie professionnelle interfère dans l’engagement citoyen. Ou l’inverse, je ne sais plus. A noter tout de même, l'adaptation de la république des blogs au thème européen.

Bref tout le monde est à côté de la plaque. Pour dire vrai, seuls les « passionnés » de longue date de la chose européenne sont sur le pont en pointant les bonnes adresses, les bons débats et questions. Quatremer, Pierre, Edgar sont trois des principaux blogs que je consulte. Chacun disposant ensuite de son propre référentiel, cette liste n’est évidemment pas exhaustive.

N’étant pas un expert en la matière, j’aurais apprécié les débats de fonds. Il faudra repasser. L’UMP et le PS font particulièrement preuve d’incompétence en la matière. Le premier distribue 20.000 capotes pour louer « l’Europe qui protège » et le second érige ce scrutin en potentielle sanction envers la politique de Nicolas Sarkozy. Lorsque l’on montre la lune, le con regarde le doigt. Remarque, le PS n'a pas tord, il devrait être sûrement plus aisé et efficace de mobiliser les électeurs de gauche sur l'anti sarkozysme qu'autour de véritables idées sur l'Europe. Bref, tout cela, c’est un peu comme une mauvaise rencontre de Ligue 1 dans lequel les deux équipes ne doivent pas perdre. Ils se font un malin plaisir à enterrer le match. En la matière Koztoujours ne se trompe sûrement pas en soupçonnant le PS et l’UMP de vouloir volontairement planter cette élection en gonflant, autant que faire ce peu, l’abstention. Tant qu’on peut éviter les claques…

De toute manière l’Europe n’a pas bonne presse en France et ailleurs. C’est le machin que tout le monde désigne comme responsable lorsque les gouvernements nationaux font des erreurs. L’Europe n’a pas de voix, alors elle ne peut répondre. L’Europe ne protège pas de la mondialisation, l’Europe c’est l’Euro qui a fait augmenter les prix, l’Europe c’est Trichet, ce con de Trichet, qui ose protéger la zone Euro de l’inflation, l’Europe c’est le plombier polonais, c’est le truc qui casse nos si parfaits services publics, l’Europe c’est un chantier perpétuellement ralenti parce que trop imposant et lent.

Parfois, une petite voix ose dire que l’Europe c’est l’Euro qui a protéger la zone de l’inflation des matières premières – et plus particulièrement sur le pétrole – durant l’été dernier. L’Europe c’est le machin qui vient d’enterrer Hadopi, ce projet de loi farfelu pondu par des responsables politiques dont le plus jeune doit avoir 55 ans, l’Europe c’est le truc qui a poussé espagnols et portugais, et bientôt toute une flopée de pays de l’Est, vers le peloton des pays développés. L’Europe c’est le gros machin qui vient de limiter le tarif des télécommunications et qui devrait, dans un avenir proche, mettre la pression sur la France pour ouvrir (enfin) son secteur télécoms à la concurrence, la vraie. L’Europe un échange culturel permanent, une véritable identité pour les nouvelles générations qui ont déjà voyagé dans des pays lointains. Quelle différence pour un Australien entre un Allemand et un Français ?

Alors l’Europe n’est pas parfaite. Loin de là. Nous sommes même à des années lumières de la perfection. Tout le monde veut changer, tout le monde souhaite une nouvelle Europe. Et, paradoxalement, tout le monde s’en tape, même les élus. Depuis des années maintenant, les scrutins continentaux n’échappent pas aux intérêts requins des politiques nationaux qui ne cessent de camper le débat sur des questions strictement nationales. L’Europe est responsable de tout mais, surtout citoyens, ne réfléchissez pas et ne vous exprimez pas sur le(s) sujet(s). La complexité de l’Europe et des sujets n’y est malheureusement pas étrangère.

Cessons dont de parler de France, de Sarkozy, de Royal et d’autres et parlons un peu Europe. Peu importe les différences de visions, laissons les petits combats à nos politiques et abordons les questions centrales.

Nous voulons changer d'Europe ? Cela mérite un petit (sic) effort.

6 commentaire(s) à déguster: on "Le pitoyable spectacle qui se joue"

Pierre a dit…

Très beau plaidoyer.

Le problème de ces élections, et on ne peut vraiment pas en vouloir aux citoyens, c'est qu'il est difficile de voir aujourd'hui l'utilité du Parlement européen à changer l'Europe.

Nulle possibilité d'initiative législative,
Nulle possibilité d'influence sur l'identité politique de la Commission européenne.

Un pouvoir de contrôle, un pouvoir d'amendement. Un travail de dossier, de longue haleine (tu parles du paquet Telecoms, on peut parler du réglement REACH dont l'adoption a duré presque 10 ans...).

De longue haleine, dépendant de l'initiative de la Commission...

... Comment en faire un enjeu (ou un acteur) de programme électoral?

C'est le chat qui se mord la queue.

Mais oui, oui, et mille fois oui. Mon vote, aux élections européennes, aura un impact. Je sais que mon Europe sera différente selon que la majorité du parlement sera sociale-démocrate ou libérale.

Je ne sais juste pas pour quel agenda législatif.

En tant que citoyen, je comprends la frustration.

h16 a dit…

Beau plaidoyer en effet.

Le problème de l'Europe est qu'elle est efficace lorsqu'elle baisse les frontières, aplanit les protectionnismes et les nationalismes. Mais elle est contre-productive lorsqu'elle veut se hisser dans le domaine politique et fournir ainsi un prétexte pour plus d'impôts, plus de règlementations liberticides.

La frontière est malheureusement mince et difficile à cerner, et c'est aussi pour cela que les politiques font tout ce qu'ils peuvent pour la charger quand cela va mal : cogner sur l'Europe, c'est s'assurer de ne pas perdre une once de pouvoir local.

Et le pouvoir, c'est la gourmandise préférée des politiques.

Seb a dit…

Je suis tout à fait d'accord avec toi. En écrivant ce billet, je regrettais que cette élection ne fut pas l'occasion d'éduquer quelque peu le citoyen européen. Il faut avouer que les politiques ne font pas bcp d'efforts... mais que l'organisation de l'Union n'aide pas non plus...

alex a dit…

Salut, très intéressant votre article, je vous rejoins sur bien des points !

Feufol a dit…

Dans la plupart des campagnes éléctorales chacun se contente d'essayer de convaincre les élécteurs de voter pour lui.
La spécificité des éléctions européennes c'est qu'il faut d'abord convaicnre les citoyens de venir voter...

Or à ce jeu là les politiques ne se donnent pas grand mal.
Car faire campagne en la matière ca implique de reconnaitre publiquement que bon nombre de décisons se prennent désormais à cet échelon...

Je connais peu de polituques capables de faire campagne sur le thème de leur propre impuissance au niveau national.

Seb a dit…

@Feufol: Tiens tu viens de me donner une idée de billet pour demain. RDV ici même demain (si l'emploi du temps le permet !)

A demain

Enregistrer un commentaire