Rubin est un éminent blogueur libéral avec lequel j’apprécie débattre de sujets divers. Hier, nous nous sommes réciproquement questionnés* sur le bien fondé du droit de vote obligatoire. Twitter n’offrant que 140 signes en guise de liberté d’expression, nous avons pris l’engagement de débattre de ce sujet au fil de billets argumentés.
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Rubin,
Engagement tenu. Me voilà ici pour papoter du droit de vote. Pas que cela me passionne outre mesure, peut être suis-je, tout comme toi, interrogé par la caricature d’élection qui va se tenir dans un mois. 34, 36, 40% de participation selon les sources, qu’importe à vrai dire le chiffre précis, à ce point de désintéressement, toutes les hypothèses demeurent regrettables.
La société démocratique est basée sur l’élection. L’élection, cet embryon du système démocratique que le peuple féconde à échéance régulière. Pardonne-moi cette métaphore, il n’en reste pas moins qu’a chaque fois, peut naître de cet embryon une nouvelle donne politique, économique ou sociale. Pour que ce système fonctionne durablement dans la paix, il est impératif que la plus grande part de la population exprime son choix. Je ne considère pas encore ici, la moindre question d’étiquette politique. Il s’agit de l’acte d’expression à part entière.
Certes, ce système est imparfait. Il l’est lorsqu’il attribut au bulletin de vote du plus éminent scientifique, économiste, sociologue ou philosophe la même valeur que le bulletin de vote de « l’ignorant », du jeune sans expérience, du vieux éloigné des nouvelles réalités. Il n’en reste pas moins qu’une population est ce qu’elle est. Pour fonctionner, le système démocratique doit permettre à l’intégralité de la population de s’exprimer.
Tu le sais, le système démocratique en l’état actuel des choses est profondément injuste. Il institue une discrimination entre ceux qui comprennent, qui connaissent les enjeux, les modalités et qui se déplacent, de ce fait, pour s’exprimer et ceux, plus éloignés de ces problématiques, par manque d’instruction ou par choix personnels, qui ne se déplacent pas et demeurent silencieux.
Dis-moi Rubin, que vaut donc un système politique élu par un tiers d’une population ? A quel niveau ce situe la fracture entre le peuple et ses élus ? A quel niveau d’abstention doit-on reconsidérer l’offre politique ?
Je te rassure, je n’ai pas encore arrêté mon raisonnement. C’est ce qui rend cet exercice encore plus intéressant.
Je crois, cependant, que le droit de vote obligatoire pourrait être une ébauche de solution. Par ce biais, le peuple entier s’exprime. Rouge, bleu, violet, vert, orange, qu’importe son l’étiquette de son vote. Bien sûr l’obligation de vote implique la création d’une porte de sortie, gage de conservation de liberté. Le vote blanc pourrait jouer ce rôle. Il deviendrait ainsi le levier de rejet de l’offre politique. Avec la limitation des candidatures et des mandats, ce système pourrait ainsi revigorer, je le crois, l’offre politique. Mais il y a un côté sombre. La possibilité de rejet de l’offre politique débouche sur une instabilité qui pourrait être néfaste.
Je te le répète, je n’ai pas encore arrêté mon raisonnement. Cette question est centrale dans mon interrogation.
Dans nos échanges, tu m’interrogeais sur les sanctions en cas de « non vote ». Tu as raison, c’est un point central. Je n’imagine pas de sanctions financières comme cela est le cas en Belgique. Je crois à l’encouragement par la carotte plutôt qu’a l’encouragement par le bâton. Ainsi, pourquoi ne pas considérer que voter, c’est prendre en considération l’avenir de son pays, son système économique et social. De ce fait, il devient possible d’agir sur les impôts, les avantages sociaux ou les droits civiques. Une sorte d'équilibre entre l'actif et le passif...
Tu le vois, de tout cela je n’ai, pour l’instant, que de très partielles idées. J’attends de te lire pour poursuivre la réflexion.
8 commentaire(s) à déguster: on "De l'obligation de voter"
Tu as été plus rapide que moi ! Promis, je m'attèle ce week-end à te répondre dans le détail.
En tout cas, Twitter a beau limiter la liberté d'expression à 140 caractères, il offre de belles opportunités de débat !
@Rubin: Nous verrons donc ça ce WE :)
Oui, Twitter est un bel outil. La preuve, tout le monde veut le racheter :)
Tiens ! Je vais départager des "libéraux". Je mets des guillemets pour me foutre de la gueule du taulier : je ne vois pas sur quel principe un libéral peut obliger quelqu'un à voter.
Par ailleurs, l'abstention peut être un vrai choix (ça a été mon cas le 21 avril 2002...), différent du vote blanc.
En marge du dossier, tu dis "Il l’est lorsqu’il attribut au bulletin de vote du plus éminent scientifique, économiste, sociologue ou philosophe la même valeur que le bulletin de vote de « l’ignorant », du jeune sans expérience, du vieux éloigné des nouvelles réalités. Il n’en reste pas moins qu’une population est ce qu’elle est."
C'est bien vrai... Mais ça ne doit pas rendre le vote obligatoire.
@Nicolas: A vrai dire je m'attendais bien à ce type de jugement sur le rapport libéral - obligation de voter !
Et bien soit! Si je ne suis plus libéral pour toi, cela ne me dérange pas, je sais me passer d'étiquettes. Sur cette question, je n'ai pas arrêté mes idées, ces billets servent un peu à jeter des idées.
Sur ta situation en 2002, peut être qu'un système plus "aéré" de vote blanc, de refus de l'offre politique aurait pu sanctionner avant d'en arriver à Le Pen au second tour non ?
Cette lettre ouverte est adressée à Rubin mais puisqu'elle est publique, je m'autorise, modestement, à participer à votre échange.
Je pourrai aussi insister sur la contradiction entre être libéral et de vouloir imposer qq chose par la force. Mais si ce point est très important, il a déjà été soulevé par Nicolas.
Si on compte autant d'abstention, c'est peut etre parce que les uns et les autres ne se reconnaissent pas dans l'offre politique. A la dernière présidentielle, aucun candidat libéral n'était en lice !!! (Edouard FILLIAS n'a pas pu se présenter)
Le mode de désignation des candidats est donc sûrement à remettre en cause (Au lieu des milliers de signatures d'élus, on pourrait imaginer le rassemblement de la signature de 50 000 électeurs par exemple).
Et je ne parle meme pas des anarchistes, ceux qui ne croient pas en l'Etat, refusent son mode d'organisation... Je ne vois pas en quoi on pourrait les obliger à voter !!!!
D'autre part, si les électeurs se reconnaissent, ou se sont reconnus un jour, dans l'offre politique. Ils ne croyent peut etre plus en la parole de leur représentants. Je trouverai assez fort en fait que les députés et sénateurs nous disent : "On ne sait rien (ou mal) gérer, vous ne croyez plus en nous, donc on fait une loi qui vous obligera à voter pour nous" !!!
En clair, "on est incapable de vous faire adhérer à notre projet, de vous convaincre de nos propositions, donc on va vous obliger à voter"
Ca me semble surréaliste à un point !!!!
Résumons : Que les hommes politique diversifient la demande et qu'ils se rendent plus crédibles. Et les électeurs retrouveront peut etre le chemin des bureaux de vote !
@Dimitri: Bien sûr ! Cette lettre est publique est donc ouverte aux commentaires !
A priori, je ne conçois pas les arguments qui sont construits sur le modèle "pour être libéral, il ne faut pas penser ça". Mes opinions sont plurielles et tendent à se rapprocher d'un courant politique donné. C'est plutôt comme cela que je fonctionne. S'il s'avère que je suis un dangereux libéral en terme économique mais un tant soit peu conservateur sur les questions sociales, et bien je serais comme cela et c'est tout ! Je ne vais pas changer pour "jouer au libéral" je vous rassure.
Sur le fond de la question ensuite: D'accord avec la pauvreté de l'offre politique, cependant, la pluralité des profils atomise l'électorat et appauvri, il me semble, la vitalité d'une démocratie. En ce point, l'exemple américain (et son face à face républicains/démocrates) me semble riche d'enseignement.
Enfin si c'est le principe d'obligation qui vous gêne, adoptons donc un système d'avantages (le principe de carotte dont je parle) suffisamment marqué pour encourager l'électeur à prendre connaissance de l'offre et à s'exprimer sur son futur...
A bientôt.
@ Seb
"A priori, je ne conçois pas les arguments qui sont construits sur le modèle "pour être libéral, il ne faut pas penser ça""
Je vous comprends. Moi aussi je me sens libéral, mais "grand angle" comme on dit à Alternative Libérale. Je crois pas que la Liberté soit un bon moyen pour arriver à une fin. Je crois à la Liberté en tant que telle.
C'est ce dit différencie les Libéraux "authentiques" (notez les guillemets ! ;-) ) des utilitaristes.
J'y crois dans l'économie, mais également dans les sujets dit sociétaux. (Et c'est pour ça que je ne me considère pas nécessairement de droite)
J'essaie donc d'être cohérent. Je ne me vois pas en tant que libéral utilisé la force ou la contrainte pour obtenir quoique ce soit. Je crois beaucoup plus à la force de conviction de la parole, à l'exemplarité, à l'expérience....
Quand à l'incitation (votre carotte), pourquoi pas. Mais donner à qq un bonus quand il suit une incitation n'est-ce pas nécessairement l'ôter à celui qui ne la suit pas ??
Le droit de vote n'est en fait juridiquement pas un droit mais une fonction, et on peut donc effectivement le rendre obligatoire comme c'est le cas en Belgique comme tu l'as rappelé et aussi je ne sais plus où.
Par contre le système démocratique n'est pas imparfait quand il accorde autant de poids au vote d'un Monsieur Toutlemonde même pas très instruit, qu'à celui d'un expert , philosophe, ou autre.
C'est justement là qu'est la perfection de la démocratie, et tout son intérêt. Un individu a le poids même poids qu'un autre individu. Tout deux font partie de la société et ont exactement le même pouvoir lors du vote.
C'est l'ensemble de personne qui constitue la société, qui va exprimer sa volonté générale.
Sinon on part tout droit dans l'oligarchie et la République des riches, des experts, ou autre, selon l'oligarchie choisie.
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