Le système éducatif doit-il être uniformisé ?

Cela fait un moment que l'idée de ce billet me taquine. Il y a plusieurs semaines, déjà, Le Privilégié et mon compète libéral footeux, Rubin, avaient couché sur le papier leurs critiques et leurs idées à propos du système éducatif français et du bien fondé de cet objectif, "amener 50% d'une classe d'âge à la lience". J'avais alors exprimé mon souhait de rédiger une note sur le sujet pour participer au débat, les diverses occupations et un agenda pas mal rempli ont retardé l'échéance.

Ce débat de la démocratisation du système éducatif nous renvoie en arrière, à l'époque où Chevénement avait exprimé le souhait de mener 80% d'une classe d'âge au baccalauréat. Disons le tout de suite, ces objectifs chiffrés d'attribution du diplôme ne me sont pas sympathiques, car ils ne servent à rien d'autres qu'à fonder les discours d'auto-congratulations des politiques et des membres du système éducatif lui même. Tout un chacun sait que derrière ces chiffres officiels, se cachent en fait des disparités de traitement, profondes et parfois irrémédiables.

C'est un avis personnel, je ne porte pas dans mon coeur, non plus, le concept de démocratisation du système scolaire ou d'un niveau de diplôme, simplement car le marché du travail demeure, comme son nom l'indique, un marché, sur lequel sont récompensés les profils rares et duquel sont expulsés des vagues de diplômés "démocratisés". Derrière le mot "démocratisation" se cache en fait le concept de "généralisation" dont découle celui "d'uniformisation". Or il s'avère qu'une uniformisation à outrance entraîne bien souvent la perte de qualité et de reconnaissance. Ce qui est rare est cher, le bon vieil adage semble donc ici, fonctionner à plein. Prenez donc l'Histoire de notre pays, contemplez dont les CV de nos parents et grands parents. Tout choses égales par ailleurs (santé du marché du travail notamment), lorsqu'il fallait hier le baccalauréat pour décrocher un job, il faut aujourd'hui présenter un Bac+2 minimum pour le même poste, la différence ne se creusant qu'avec un Bac+3 (et encore, fortement teinté par l'expérience en apprentissage par exemple) puis un Bac+5, 8 etc... Si la "généralité" devient demain le niveau "Licence", comme le bac est aujourd'hui la "généralité", le système progressera par le haut, comme toujours. Il faudra donc toujours plus de diplômes pour se démarquer de "la généralité démocratisée".

Trop souvent, l'on s'efforce d'oublier que la réussite, ou non, d'un parcours scolaire se mesure à la rapidité et à la qualité des postes trouvés à la sortie. Oui, disons le haut et fort, le meilleur indicateur qui puisse exister pour mesurer l'efficacité de notre système éducatif est le niveau du chômage des jeunes. Forcément là, on est beaucoup moins fier. Une filière qui formera aujourd'hui des plombiers est à mon sens, bien plus pertinente et intéressante à financer et à soutenir qu'un Master en je ne sais-quelles-sciences-de-l'art-moderne. Nicolas Sarkozy a exprimé il y a deux jours un avis similaire, je ne peux que m'en réjouir. Il faut profondément modifier les manières de penser la compétence en France en glissant peu à peu d'une reconnaissance du bout de papier qu'est le diplôme à la reconnaissance de l'expérience accumulée. De ce point de vue, le type de formation "par apprentissage" demeure un concept encore largement sous exploité.

Ces points abordés, demeure ensuite la question du niveau de formation moyen que l'on souhaite attribuer à une classe d'âge. En d'autres termes, où doit on placer les premières barrières sélectives qui feront la qualité des diplômes attribués tout en n'abandonnant pas les recalés ? A mon sens, le système actuel n'est pas si mauvais que cela puisqu'il instaure dès l'adolescence, différentes options qui permettent à l'individu quel qu'il soit, de suivre une formation a sa convenance (alternance, professionalisation...). Regrettons simplement qu'il n'existe pas plus de passerelles permettant le retour en tronc commun à différentes étapes du processus de formation.

Au final, et pour répondre au Privilégié, je ne crois pas qu'il soit très censé de mener l'essentiel d'une classe d'âge à la licence pour les raisons exprimées ci-dessus. A vrai dire je ne suis pas un spécialiste de l'éducation mais en tant que citoyen, il me semble que plusieurs orientations devraient être prises afin d'améliorer quelque peu la valeur de notre système éducatif et l'employabilité des jeunes diplômés dans les entreprises.

Ne pas hésiter à mettre le paquet sur l'apprentissage, concept profondément formateur pour les étudiants et ce, à différents niveaux de cursus (Bac, Lience, Master). Ouvrir les champs de compétences de filières en favorisant les profils pluriels et variés. Demain, la compétence transversale sera reine. Ne jamais décoller les statistiques éducatives (réussite, diplômés...) de celles du marché du travail (salaires d'embauche, type de contrat, secteur d'activité) de sorte à établir des objectifs clairs et visibles par les étudiants qui s'engagent dans les filières. Grâce aux historiques, a la conjoncture et aux avis de spécialistes, il ne faut plus hésiter à jouer de concours pour réduire la taille de filières qui débouchent majoritairement sur l'échec ou le chômage (Comment se fait-il que des milliers d'étudiants puissent encore entrer aussi facilement dans les filières STAPS ou Psycho ?). Il faut rapidement faire cesser cette hérésie qui, au nom de la démocratisation du savoir et du fort rejet du concept de sélection, fait perdre tant de temps à des vagues entières d'étudiants.

Il y a encore beaucoup à dire sur ce sujet. Ces questions ne sont, en réalité, jamais pleinement résolues. Le débat continue donc, si vous le souhaitez, en commentaires.

11 commentaire(s) à déguster:

  • Salut, je suis complêtement d'accord avec ton billet, et l'actualité donne raison a ton billet.
    Beaucoup de jeunes partent d'un BEP ou Bac pro en alternance, rentrent dans une boite qui les connait, car elle les a eu en stage, puis finissent par monter leur boite.
    L'apprentissage permet de garder un pied dans la réalité, on est contre la selection car considéré comme injuste, mais c'est hypocrite car de toute maniere elle se fait sur le marché du travail, il vaudrait sans doute selectionner a l'entrée, ameliorer les qualités d'enseignement et accepter que tout le monde ne peut être ingénieur.

  • EtienneB

    Je suis d'accord avec vous sur quelques points, dont un principalement : la filière de l'apprentissage n'est pas valorisée comme elle le devrait.

    A cela, je vois une raison : elle ferme des portes. Le système allemand à ça de bien qu'il permet de gravir les échelons à partir de la base. Il n'y a pas de plafond de verre.

    En France, même si des efforts ont été fait, les passerelles entre les différentes formations n'existent pas, ou très étroites voire même impraticable.

    A cela se rajoute la faiblesse de notre système de formation professionnelle, et on se retrouve avec des portes closes parce qu'on a été orienté trop tôt.


    La question de la sélection est aussi majeure. Je crois que l'absence de sélection à l'entrée à la fac engendre un phénomène étrange : on sélectionne dès que c'est possible, et bien plus ardemment que nécessaire (ce qui explique aussi pourquoi les passerelles ne fonctionnent pas...).

    Je suis pour la sélection, sur une base nationale (le bac) mais par matière et par discipline. (En gros, on s'en fout qu'un élève qui va en mathématique soit une burne en biologie. Mais en maths, il doit être béton.)

    Mais cette sélection n'a pas besoin d'être extrêmement sévère. Elle ne l'est dans AUCUN pays occidental !


    Pour les filières de socio, cela sert dans une perspective professionnelle malgré les préjugés. Seulement, ce n'est souvent qu'une part du cursus (formation + expérience). Le plus simple serait sans doute de faire des double-cursus (ce que font déjà pas mal de fac ;)).


    L'insertion professionnelle est également une question importante. Sans doute la plus importante même. Elle fait maintenant partie des missions de l'université, suite au combat mené par la Conféderation Etudiante. Comment l'appliquer dans les faits ? Peut-être moduler les financements en fonction du taux de chômage à 6mois-1ans (moduler vers le haut pour les bons élèves, et non le contraire ! les financements sont déjà bien trop bas !). Ce serait sans doute une bonne incitation.

  • EtienneB

    Oula j'ai fait un long commentaire, mais je n'ai pas dit l'essentiel :

    * emmené 80% d'une classe d'âge au bac n'est pas illusoire, et me semble bénéfique, du moment que les Bac Pro sont comptabilisés.

    * 50% a la licence n'est pas non plus une ue de l'esprit. Les Etats-Unis ont un taux de diplomé au niveau licence très élevé. Preuve que c'est possible ;)

    * le système français n'est pas si mauvais, loin de là. Les bacheliers français passeraient surement sans problème leur SAT avec une note convenable par exemple ;)

    * le taux de chômage n'est pas un indicateur de la qualité de notre système éducatif !! Regarde un peu le taux de chômage des jeunes dans les pays comparables au notre (en n'oubliant pas qu'en France on a le smic, peu de travail à temps partiel par rapport à d'autres pays, et que quelqu'un qui ne fait qu'un mi-temps est un demi-chômeur bien que non comptabilisé comme tel !)

  • Mathieu L.

    Damned, le lien sur mon nom n'est pas bon. Heureusement que je t'ai dans mon reader...

    Bon, maintenant, je vais aller lire le billet.

  • Mathieu L.

    Après avoir lu le billet, j'aurai une question à te poser : as-tu déjà envisagé que la hausse des demandes de diplômes des employeurs pouvait aussi venir de la hausse générale des qualifications et de la productivité ?

  • Seb

    Salut à tous et désolé pour le retard dans les commentaires :)

    @Mathieu L: Heureux de te voir ici, désolé pour le lien, je viens de corriger l'erreur. Tu as raison, il y a un lien entre la demande de diplôme et l'offre faite et proposée par les universités ou les écoles. Il n'empêche, lorsque l'offre d'étudiant diplômé dépasse la demande du marché du travail en question, le surplus se pointe au pôle emploi ou cherche des emplois de survie qui paye les courses de bouffe, assurances and co... Dans ce billet, j'ai tenté de de mettre de côté les aspects partisans, sans grande réussite apparemment. Je crois profondément en ce phénomène d'uniformisation dont j'ai tenté d'expliquer le concept ici même. Il me semble, que l'accès en très grande majorité à un niveau de diplôme dévalue la valeur de ce même diplôme sous l'argument communément partagé "cela veut rien dire, ce diplôme, tout le monde l'a"... Heureux que tu sois dans le débat, je suis disponible pour continuer le débat :)

    @EtienneB: Quel argumentaire ! Si je lis bien, nous sommes assez d'accord sur la sélection, l'apprentissage, la nécessaire démocratisation du bac comme niveau "minimum" pour une classe d'âge etc. Seul "hic", l'idée de mesurer l'efficacité d'un diplôme a son taux d'emploi "à la sortie". La question n'est pas tant de savoir si cela est pertinent. Cela est pertinent. La question porte plutôt sur la manière avec laquelle on comptabilise les chômeurs aujourd'hui !! Ne croyez-vous pas ?

    Partant de ce constat là, l'idée perd de sa valeur il est vrai. Les facultés pourraient donc construire elles même leurs propres stats (à la manière des écoles aujourd'hui) en simplifiant grandement les choses. Sinon, je ne vois vraiment pas l'utilité de considérer qu'un diplôme a de la valeur lorsque x% a atteint le stade du "diplômé" !

    @Cedric Ns sommes bien d'accord :). S'agit-il du Cédric auquel je pense ?

    A bientôt

  • Mathieu L.

    @ Seb : je voudrais d'abord dire qu'après un an de blogage, je peux t'assurer qu'il est d'une extrême difficulté de ne pas être partisan sur l'école. Je crois que c'est l'un des champs favoris de l'expression politique française.

    Pour l'uniformisation, tu as raison : c'est une opinion largement partagée, ce qui ne signifie pas que cela soit une réalité. C'est vrai pour le brevet des collèges, qui a perdu toute valeur, moins pour le baccalauréat. Tout dépend de la manière dont l'examen est conçu au total.

    Le brevet a perdu sa valeur parce qu'il est évalué très majoritairement au contrôle continu, alors que le bac reste un diplôme national.

    Par contre, cela ne signifie pas une perte totale de valeur. Je peux te dire que les gamins qui n'arrivent pas à décrocher un brevet vont avoir de très grandes difficultés dans le futur. Par contre, sans le bac, il est encore possible de se débrouiller.

  • Evan

    Salut, très bon article dont je partage le sens général. Plus le temps passe et plus je ressens fortement ce débat épineux sur l'éducation comme un sujet central. Comme dit Mathieu, c'est sans doute un des champs favoris de l'expression politique française, et àmha ce n'est pas sans raison.

    Il me semble effectivement que la reconnaissance de l'expérience privilégiée à celle du diplôme, et une place croissante accordée à l'apprentissage sont les deux meilleurs leviers d'une amélioration du système éducatif - le premier me semblant plus difficile à réaliser que le second.

    L'idée directrice est dans tous les cas de confronter plus de lycéens et d'étudiants, plus tôt, plus longtemps, au monde professionnel et à ses exigences. Des étudiants qui, à 21 ou 22 ans, n'ont pas passé trois mois dans une entreprise, sont pauvrement armés face aux réalités du marché du travail. Et confronter des jeunes de 15-16 ans à ces réalités-là me paraît favoriser tant leur insertion professionnelle que sociale.

    Il faudrait également une meilleure visibilité des débouchés des différentes filières. Je n'ai aucune idée de la proportion de jeunes qui s'orientent "par défaut", mais de ce que j'ai pu voir autour de moi, elle est trop importante. Ces jeunes font des choix qu'ils regrettent ensuite, quand il est devenu bien plus difficile de changer de voie.
    Idéalement, n'importe quel étudiant destiné à passer le bac dans l'année, et donc à valider des choix pour ses études secondaires s'il choisit d'en faire, devrait avoir une visibilité très nette de ce qui l'attend.

    Cela reste des idées très générales.

  • Seb

    @Evan: A ton commentaire et tes propositions de "leviers" je rajouterai un qui me tient à coeur qui est la compétence transverse. Trop souvent, il y a incompatibilité entre la théorie pure, belle et tendre apprise en école ou en faculté et les réalités du terrain qui, finalement, mixe les compétences.

    Ce point est central dans ma réflexion car, outre le fait qu'il s'agit là des futurs profils (il me semble que les double profils plaisent de plus en plus), il pourrait aussi y avoir là une raison majeure d'intérer, au long du cursus scolaire des possibilités de passerelles inter filières.

    Ainsi, un élève ou un étudiant trop rapidement orienté "par défaut", pourrait ainsi réintégrer une autre filière et faire valoir sa polyvalence dans plusieurs secteurs.

    A bientôt et merci du commentaire.

  • @Seb Désolé mais je pense que tu confonds Lol.
    Moi je n'ai pas d'accent sur le "e" ;)

  • Seb

    @Cedric: Autant pour moi !

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