Certains ont espéré. En vain. Non, le monde n’a pas changé. Malgré la plus grosse crise financière que notre système ait connue, malgré l’élection d’Obama, malgré Madoff, malgré Lehman, malgré le G20 et la fougue de Sarkozy. Rien n’a vraiment changé.
Quelques normes comptables ont été modifiées, le poids des fonds propres des établissements bancaires mondiaux ont été lestés, rien de très révolutionnaire par ailleurs. Aujourd’hui 2009, tout le monde s’efforce de croire à la reprise et à la fin du cauchemar. La période de destockage massif à réveillé quelque peu les industries automobiles et le reste des filières (jusqu’aux matières premières) et la finance quand à elle, s’est fait une raison pour remonter la pente. Une fois la peur passée, il fallait bien que l’on revienne à des niveaux de valorisations raisonnables.
Nous végétons aujourd’hui entre deux eaux. A ce titre, les réactions des marchés financiers sont significatives. Les investisseurs, tels des enfants apeurés par l’orage, attendent avec impatience le moindre coin de ciel bleu pour se rassurer qu’effectivement, l’orage est bien derrière nous. Les politiques, sous pression de la plèbe, s’efforcent d’afficher un optimisme quasi crétin alors qu’aucun voyant n’est encore repassé au vert.
Aujourd’hui, je dois avouer une profonde inquiétude sur l’avenir du fonctionnement du système économique et particulièrement financier. A mes yeux, le G20 est passé à côté d’une question essentielle. La gestion du « too big to fail ».
Rappelez-vous, le « too big to fail » est l’expression utilisée pour expliquer les sauvetages des grandes banques et assureurs américains. Trop gros pour laisser couler. A l’évidence, c’était bien vrai. Il ne fallait pas revivre 1929 en prenant le moindre risque sur les comptes courants et l'épargne des ménages mondiaux. Prendre ce risque, c’était ouvrir une brèche encore plus violente que celle dans laquelle nous étions déjà. Une brèche qui aurait sans aucun doute rajouté une couche de troubles sociaux profonds aux troubles déjà existants.
Cependant la conséquence majeure de cette intervention n’a toujours pas été traitée… En sauvant des établissements pourtant fautifs, les Etats occidentaux ont absous les dirigeants de leurs erreurs et ont, de ce fait, déstabilisés l’équilibre capitaliste entre les notions de profits et de risques. « C’est reparti comme avant » disait un trader interrogé hier soir dans Envoyé Spécial « Au pire, ils sont sauvés par les Etats, alors pourquoi se priver ? »
C’est exactement le problème, en intervenant, les Etats ont faussé le système d’une part et n’ont pas assez « puni » les fautifs de telle sorte que le passif subit soit assez dissuasif dans le futur. De ce fait, l’endossement du risque semble désormais avoir été directement transféré des acteurs financiers vers les Etats, et, derrière eux, aux ménages.
C’est clairement une dérive majeure du système capitaliste, le profit n’est plus lié directement à la notion de risque.
6 commentaire(s) à déguster: on "C'est (déjà) reparti comme en 40"
Bonjour Seb,
S'il est évident que les leçons n'ont pas été tirées, les deux questions que je me pose sont les suivantes :
- le G20 avait-il et a-t-il seulement les moyens politiques de prendre les mesures nécessaires dans ce système économique mondialisé? J'ai un a priori négatif sur cette question.
- de combien de temps pouvons-nous encore disposer avant que l'endettement devenu insupportable finisse par placer des Etats majeurs en situation d'insolvabilité réelle, une hypothèse de plus en plus discutée?
Difficile de ne pas être pessimiste...
@Evan: Bonjour à toi,
Nous parlons ici de la manière avec laquelle les pays auraient pu sanctionner les fautifs. Je vois plusieurs possibilités, sanctions financières, fort taux d'intérêt sur les prêts de sommes d'argent destinées a consolider les capitaux propres voir même prise de participation dans le capital moyennant ces recapitalisations.
De deux choses l'une. Soit il fallait laisser tomber les fautifs (impossible) soit il fallait faire très mal aux fautifs quitte à y laisser quelques mois de récession en plus. Je crois que la santé du système passait par là.
Tu as sans doute raison sur les sanctions et l'impact qu'elles auraient pu avoir. Mais elles n'ont pas été prises, et les enseignements à en tirer laissent songeur. Peut-être qu'une rechute inciterait à plus de sévérité, je suis sceptique sur la possibilité d'un tel cas de figure à présent. Peut-être aussi que ce qui a fait défaut pour prendre des mesures plus draconiennes, c'est l'identification claire des fautifs, beaucoup de monde s'étant renvoyé la balle depuis un an... On a donné au public quelques têtes de liste comme Madoff en guise d'os à ronger, mais sinon?...
C'est exact, le risque n'est pas couvert par ceux qui le prennent (les banques).
Mais cette dérive a tout à voir avec l'interventionnisme et l'Etatisme.
Et elle n'est pas récente. Elle s'étale sur plusieurs decennies, voir plus. De la date de la création des banques centrales et de l'abandon de l'or (ou d'un métal précieux) comme monnaie.
Cette abandon arrangeait deux catégories de personne : les Etats -toujours friands de moyen de voler le peuple de manière invisible- et les grandes banques, heureuses de pouvoir créer de la monnaie crédit ex-nihilo.
La solution n'est pas de trouver des fautils mais de remettre le système monètaire et bancaire d'aplomb. De retourner vers le libéralisme.
Les banques doivent devenir des entreprises privées comme les autres.
La monnaie doit être stable sans magouille des Etats ou des banques.
Bonjour,
pour ma part je crois que la plus grande erreur que les politiques font (poussés par l'opinion publique peut être...) c'est de ne tenter de réformer que les bonus des traders. Il s'écarte des vrais problèmes.
Que je sache, ce ne sont pas les traders qui ont accordés des crédits subprimes à des ménages insolvables.
Ce ne sont pas les traders non plus qui ont eu l'idée de titriser ces crédits pour "se débarasser du risque". C'est plutôt les ingénieurs financers qui sont à l'origine de ces "innovations". Les traders sont des exécutants.
Donc le G20 ne s'est en fait borné qu'a "sanctionner" les exécutants, la partie visible de l'iceberg et aucune réforme réelle n'a été adoptée.
Je ne connais pas assez le droit du crédit pour dire si une réglementation plus stricte dans ce domaine serait efficace et l'histoire fnancière a prouvé que les êtres humains perdent régulièrement tout bon sens mais je suis certain que le G20 aurait pu faire mieux.
@Liberalisme pour les débutants (J'espère que ce n'est pas de moi dont il s'agit ? lol)
Je crois qu'il ne faut pas verser dans la contestation aveugle et très théorique et se forcer, au contraire, a adapter l'idéologie libérale aux faits. Dans les faits, les marchés financiers demeurent assez libres et sont aussi encadrés. Le hic venant du fait de la création de produits financiers trop risqués, je demeure persuadé que la cause principale en est le séparément des notions de risques et de profits. Un bon libéralisme ne pouvant fonctionner que dans le cadre d'un marché équilibré, je crois qu'il est de bon ton de s'inquiéter sur ce point...
@Ben: Votre propos est criant de vérité, bien sûr. Le G20 n'a pas appuyé là où ca fait mal. Le peut-il seulement, j'en doute. Au final le politique, pour faire bonne figure s'est consacré aux bonus, une conséquences parmi les conséquences de la crise, et aucunement les causes. Peux mieux faire, sans aucun doute, avec le bémol toutefois, que le politique ne peut pas tout faire. C'est plutôt une remorque qu'une locomotive...
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